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Cet article est le dernier d’une série de 3 sur le thème kawaii. Vous pouvez ici lire le premier, la mode kawaii, histoire d’un phénomène et lire le deuxième, la face cachée de Chi.

Dans le 1er article de cette trilogie, j’expliquais que l’esthétique kawaii est née d’une révolte d’adolescents en quête d’expression personnelle.

Les manifestations d’émotions étant d’autant plus fortement découragées chez les adultes, il n’y avait finalement pas de raison pour que le kawaii ne fasse pas aussi des émules chez eux… Quitte à se transformer au gré des fantaisies et besoins des artistes.

Mais le kawaii que l’on connaît en occident est bien souvent une version « caricaturale » du kawaii tel qu’il existe au Japon.
Quand on nous dit « kawaii », on pense surtout à du clinquant pour enfant, avec du rose et des dessins de chat sans bouche (vous savez sûrement de qui je parle…).
En gros, on trouve en France le « yume-kawaii »  (licornes, fées, etc avec des couleurs pastelles et des coeurs dans tous les coins), et le « shibu-kawaii » (forme de mignon très simple, créé par touches discrètes).

Pourtant, cet aspect du kawaii, qui est aussi le plus facilement exportable à l’étranger, ne représente qu’une fraction (certes encore majoritaire) de l’esthétique kawaii d’aujourd’hui. Car il se trouve que le kawaii a évolué de telle sorte qu’il est parfois carrément préférable de ne pas y exposer les enfants, sous peine de leur donner des cauchemars !

Laissez-moi donc vous présenter rapidement 5 styles kawaii quasi inconnus en France, du moins méchant au plus… comment dire ?… glauque !

Soyez cependant rassurés… Chez Kdo chats, on tient à rester tout public. Alors, je ferai de mon mieux pour rester soft dans mes propos 😉

Le Busu kawaii : du moche, mais mignon,…mais moche

Busu kawaii, le kawaii japonais moche

Dans mon 1er article sur le kawaii, j’avais rapidement évoqué les origines étymologiques du mot : le pathétique avant le mignon, pour résumer. Et bien, le busu kawaii, sous-genre assez peu connu, concilie les deux définitions.

Littéralement, « busu kawaii » peut se traduire par « mignon et moche », et c’est le genre d’expression que l’on pourrait appliquer à cette photo de vous, enfant, habillé façon années 80 avec le gros pull qui gratte offert par votre grand-tante bien intentionnée.

Ou encore à une peluche fait main complètement ratée : très laide, mais l’intention y est, et puis c’est plutôt drôle, alors d’une certaine façon, c’est quand même mignon.

Tiens, pendant que j’y pense, notre très célèbre Grumpy Cat ne serait-il pas un peu « busu-kawaii » sur les bords ??  =^_^=

Ero kawaii : de l’érotique soft

Ero-kawaii

Voici maintenant l’ero-kawaii, ou erotic kawaii. J’imagine que le nom est assez explicite en lui-même… Étrangement, alors qu’en occident on aime bien que les jeunes filles ressemblent à des adultes pubères, au Japon, c’est souvent l’inverse: on aime bien que les femmes adultes ressemblent à des petites filles… voire à des animaux. (Ben quoi, dans le kawaii, enfants ou animaux, c’est la même chose !)

Un mélange troublant d’innocence et d’érotisme/amour qui prend parfois des proportions un peu inquiétantes. Ainsi, de plus en plus de Japonais se disent (très sérieusement) en couple, voire carrément mariés avec des personnages typés kawaii/manga (c’est souvent la même chose…), appelés « waifu » quand ils sont féminins ou « husbando » quand ils sont masculins.

A ma connaissance, il n’y a pas (encore?) de loi authentifiant la situation, mais l’entreprise japonaise Gatebox, connue entre autres pour avoir conçu une IA très semblable à celle du film « Her », propose déjà de fournir à ses employés des certificats de mariage validant les unions humains-personnages 2D.

Vous avez dit dérangeant ? Attendez de voir la suite ! 😉

Kimo kawaii : pour faire de beaux cauchemars

Kimo kawaii

Si vous avez déjà regardé un film d’animation japonais dans le style du studio Ghibli (genre Voyage de Chihiro), alors vous avez sans doute déjà été confronté à du kimo kawaii.

Le terme « kimo » est la version abrégée de « kimochi warui », une expression renvoyant à une atmosphère suscitant le malaise. Est kimo-kawaii, donc, ce qui vous fait hésiter entre le malaise et l’attendrissement que suscitent des formes rondelettes et des grands yeux innocents. Personnellement, c’est un peu ce que je ressens quand je suis face au visuel de l’album Equinoxe de Jean-Michel Jarre… (Je vous avais bien dit que le kawaii ça pouvait donner des cauchemars !)

Guro kawaii : quand le mignon devient violent

Guro kawaii

Quant au guro kawaii, c’est une version « hardcore » du kimo-kawaii, avec de la violence explicite. Du genre, un petit nounours trop choupinou qui a du sang sur ses griffes et dont le propriétaire repose à ses pieds dans une mare de sang. Oui oui, comme Monokuma, l’ours en peluche sociopathe du visual novel Danganronpa.

KAWAIIII NEEE!!! ♥ (traduction : oh comme c’est mignon !)

Yami kawaii : l’expression d’un mal être japonais

Yami kawaii

Nous touchons à présent au type de kawaii le plus récent, et aussi, selon moi, peut-être le plus dérangeant de tous: le yami-kawaii, aussi appelé itami kawaii (littéralement, « mignon et souffrant/malade »).

Parce que ce phénomène n’est apparu qu’il y a quelques années, il est un peu difficile à cerner, mais on peut tout de même au moins essayer d’en résumer le principe. Il s’agit d’un détournement faussement ironique (du moins en général) des codes du kawaii « classique » (notamment le yume-kawaii, la variation girly et pastelle particulièrement tape-à-l’œil) au service de l’expression d’un mal-être, qu’il soit physique ou psychologique. En clair, tout est rose et brillant, mais on parle de mort, et plus spécifiquement, de suicide. Feront donc partie de l’iconographie du itami-kawaii tous les signes et outils liés à l’autodestruction.

Yami kawaii

Ainsi, le personnage Menhera-chan inventé par Bisuko Ezaki en 2014 et rapidement devenu très populaire sur Internet est une « magical girl » qui active ses pouvoirs magiques en se tailladant les veines avec un cutter. Disons juste que cette mignonne jeune fille, si elle n’était pas une super-héroïne, aurait d’urgence besoin d’être suivie en hôpital psychiatrique.

Le mot de la fin

En navigant sur le web anglophone, je suis tombée sur plusieurs articles s’interrogeant sur le sens caché du kawaii. Par exemple, celui-là (article en anglais).

Il semblerait que le kawaii et ses interprétations sur le mode du parodique soient une façon de parler de choses qui fâchent… dans un style qui met tous les Japonais d’accord. Et dieu sait que des sujets comme le suicide et les maladies mentales fâchent !

Pour l’inconscient collectif japonais, le kawaii apparaît comme un exutoire, quel que soit son genre ou son âge, et permet de renouer avec des émotions malmenées par une société qui érige leur dissimulation en vertu suprême.

Mais par extension, quand bien même on ne souffrirait pas particulièrement, on peut tous trouver du réconfort au quotidien dans une imagerie innocente. Raison peut-être pour laquelle le kawaii, s’il est né au Japon il y a quelques décennies seulement, est si vite devenu populaire dans nos contrées.

Voilà qui termine ma série d’articles sur la mode du kawaii. Car si en France, on ne retiendra que l’imagerie mignonne et innocente de la 1ère heure, il m’a semblé particulièrement intéressant de voir l’ampleur du phénomène au Japon et comment il avait évolué.

Et vous ? Que pensez-vous de cette évolution ? Pensez-vous que toutes ces tendances pourraient trouver un jour une place en France ?