Chat forestier, à ne pas confondre avec le chat domestique !

Par Sandrine - 12 minutes de lecture
Chat forestier, le chat sauvage européen

C’est un chat sauvage européen qu’on croyait quasi éteint. Mais il est bien là ce petit fauve et voilà même que sa population grandit de nouveau, en particulier en France. Si vous habitez dans les Vosges ou en Alsace, vous en avez peut-être croiser un sans le savoir au détour d’un sentier de forêt. Son nom ? Le Chat Forestier.

Au premier regard, il ressemble comme 2 gouttes d’eau à un brave chat de gouttière tigré. Erreur ! Si vous parvenez à observer ce grand timide un peu plus longtemps, vous verrez des indices qui prouveront que vous êtes face à une espèce différente.

Alors qui est-il vraiment ? Quel est son lien avec les chats de nos maisons ?

Vous allez voir aussi qu’une campagne de fake news a failli causer sa perte par le passé. Comme quoi, pas besoin de nos réseaux sociaux pour faire de l’intox !

Différentes appellations du chat domestique

L’autre nom du chat forestier, c’est « chat sauvage« . Mais cette appellation risque fort d’embrouiller les esprits et de nous faire tout mélanger. Car il n’est pas rare qu’un chat de maison peu câlin soit qualifié de « sauvage ». Sans parler des nombreux petits félins comme le chat des sables ou le chat de Pallas qu’on nomme aussi chats sauvages (pour les découvrir, cliquez sur leur nom) !

Déjà, il faut savoir que chat forestier et chat domestique sont 2 espèces distinctes.

Mais le plus surprenant est qu’ils n’ont pas du tout la même origine géographique. Le chat forestier (felis silvestris silvetris) est européen. Il est d’ailleurs présent sur notre continent depuis probablement 13 000 ans ! Notre chat domestique, lui, a pour ancêtre un chat ganté africain (felis silvestris lybica). De l’Egypte, il a alors voyagé par la Grèce, Rome, la Méditerranée pour arriver jusque chez nous. Si vous voulez en savoir plus sur la domestication du chat, j’en parle dans l’article sur le chat en Egypte antique. Quand nos chats de compagnie sont arrivés dans nos contrées, le chat forestier occupait le terrain depuis fort longtemps !

De gauche à droite : chat ganté (felis lybica), domestique et forestier
De gauche à droite : chat ganté (felis silvestris lybica), chat domestique et chat forestier

Mais alors, pourquoi le chat domestique n’est-il pas issu du chat forestier européen qui était déjà présent géographiquement ?

Tout simplement parce que ce chat sauvage n’a jamais manifesté la moindre attirance vers les humains. Or pour évoluer vers le chat domestique tel qu’on le connait, l’espèce sauvage devait d’abord être en interaction régulière avec nous. Ce qu’a fait le chat ganté égyptien, mais absolument pas le timide chat sylvestre…

Le petit vocabulaire du chat

Encore actuellement, on a tendance à confondre le chat sauvage avec le chat domestique. A ce propos, pour mieux comprendre, faisons le point sur les différentes appellations de ce dernier…

  • Chat domestique : le mot domestique n’est pas employé ici comme un simple adjectif mais représente toute l’espèce ainsi dénommée. Elle regroupe non seulement les chats de gouttière (sans pedigree), tous les chats de race, mais aussi les chats errants et harets
  • Chat errant : est désigné ainsi le chat qui se déplace en liberté à l’extérieur mais qui dépend partiellement des humains pour sa nourriture. Il ne possède pas de puce d’identification et n’est rattaché à aucun foyer domestique en particulier.
  • Chat haret : il appartient à l’espèce « chat domestique » mais il est totalement revenu à l’état sauvage et subvient lui-même à ses besoins alimentaires par la chasse. Il n’a plus d’interaction avec l’homme.
  • Chat familier : Ce chat partage l’habitation de ses maitres mais peut se déplacer à l’extérieur. La loi impose qu’il soit identifié pour ne pas être confondu avec un chat errant.

Moins connu, on parle aussi de chat féral qui regroupe chat errant et chat haret. L’intérêt de cette dénomination est qu’il est parfois difficile de déterminer si un chat est errant ou haret !

Toujours est-il qu’il ne faut donc pas confondre le chat haret avec un chat forestier. Ils sont génétiquement proches mais pas de la même espèce. Nous verrons un peu plus loin comment les distinguer physiquement.

Le chat sauvage : un fauve sanguinaire ?

Grand, fort, cruel, agressif, dangereux, nuisible… voilà quelques uns des adjectifs qu’on utilisait au 19ème et début 20ème pour décrire ce pauvre chat sylvestre. On l’accusait de chasser sans répit les chevreuils de la forêt. Pire, on disait de lui qu’il tuait par plaisir.

Il circulait alors des illustrations le montrant comme un animal féroce, prêt à bondir pour attaquer quiconque voudrait l’approcher !

Illustration du 19ème siècle d'un chat forestier "féroce"
Illustration cruelle du 19ème siècle d’un chat forestier pris au piège ©Alfred Brehm, Public domain, via Wikimedia Commons

Mais pourquoi tant de haine ? A vrai dire, le chat sylvestre est si discret qu’il était bien mal connu. Et ceux qui auraient pu rétablir la vérité étaient peu nombreux. La triste réalité, c’était que sa belle fourrure épaisse était convoitée par les gardes-chasses. Sous prétexte de protéger le gibier des forêts, ils n’hésitaient pas à le traquer, contribuant à une drastique diminution de sa population. Ainsi, c’est plusieurs milliers de chats sauvages qui étaient tués chaque année.

On sait maintenant que ce prétexte était totalement faux. Le chat sylvestre se nourrit en très grande majorité de petits rongeurs, voire de lapins de Garenne quand ils sont très nombreux. Ce qui convient bien à son gabarit très proche du chat domestique (et je ne parle même pas du chat Maine Coon qui lui, est bien plus grand !). Aucun chevreuil à son menu donc.

La science à la rescousse

Si toutes ces fausses idées ont perduré pendant des années, c’est que le chat forestier n’a fait l’objet d’aucune étude jusqu’à peu. Heureusement, depuis 1960, les scientifiques se penchent sur son cas et on en sait désormais plus sur ce félin sauvage. C’est en particulier grâce à Bruno Condé, zoologiste français, que le chat forestier est enfin sorti de l’ombre.

Désormais, notre petit chat sauvage européen intéresse beaucoup de monde. Au point qu’il a été déclaré espèce préservée depuis 1979.

Et terminé le massacre du soi-disant fauve sanguinaire !

En l’étudiant, on sait donc rendu compte qu’il était surtout très réservé et peureux, ce qui explique qu’il est difficile à observer.

Enquête sur le chat forestier

Il est temps de regarder d’un peu plus près ce qui caractérise ce petit félin sauvage

Son look : savoir le différencier du chat domestique

Au 1er coup d’oeil, on s’aperçoit que sa tête est un peu plus massive que celle du chat domestique, surtout pour les mâles. Mais lors d’une observation rapide, le plus caractéristique, c’est sa queue : elle est épaisse sur toute la longueur et elle possède 2 à 5 anneaux noirs. De plus, elle se termine toujours pas un manchon noir.

Si vous avez la chance d’observer le chat un peu plus longtemps, concentrez-vous sur le marquage de son dos car il est caractéristique : une bande noire s’étend du haut de son dos et s’arrête net à la base de la queue. Chez les chats tabby domestiques, cette bande noire se poursuit finement sur la longueur de la queue. Conclusion, si vous voyez une bande noire traverser les anneaux de la queue, alors vous n’êtes pas en présence d’un chat forestier !

Plus difficile à apercevoir : le dessous de ses pattes est noir.

Enfin, n’oublions de parler de sa couleur. Elle va du gris au fauve et on remarque que les tigrures latérales sont peu marquées, à la différence de la plupart de nos chats tigrés de maison.

Voilà pour l’observation en pleine nature. Il est à noter qu’à l’autopsie, les dimensions du crâne sont plus importantes que celles du chat domestique et mais seul une analyse ADN permet d’avoir une certitude absolue sur l’espèce.

Reconnaitre les différences entre un chat forestier et domestique
Reconnaitre les différences entre un chat forestier et un chat domestique – D’après l’illustration de Léonie Schlosser pour le magazine GEO
Chat forestier avec marquage typique du dos
Sur cette photo, on voit clairement la bande noire caractéristique sur le dos de ce chat forestier

Où le trouver ? Son habitat et sa répartition géographique

Le chat forestier aime la forêt, c’est un fait. Mais pas exclusivement ! Car pour la chasse, sa préférence va vers les zones de prairie. Du coup, son habitat se situe fréquemment à la lisière d’un bois ou d’une forêt. Ainsi, il dispose d’un territoire mixte lui permettant de chasser dans les zones dégagées et de dormir en sécurité dans la forêt.

Cependant, l’hiver, quand les plaines sont recouvertes de neige et que la chasse y est plus difficile, il passe alors quasi tout son temps en forêt.

A savoir que s’il apprécie les zones vallonnées, on ne le trouvera jamais en altitude en montagne.

Répartition géographique du chat forestier en Europe et ailleurs

Comme on l’a vu, le chat forestier (felis silvestris silvestris) est un chat européen présent depuis 300 000 ans. Mais à l’origine,  il était présent de manière continue sur l’intégralité du territoire. Avec la déforestation au fil des siècles et le renforcement de la présence humaine, son habitat s’est beaucoup rétréci diminuant fortement sa population et créant des enclaves où il peine à survivre. On l’a vu plus haut, ce chat a été également victime d’une chasse intensive via des pièges. Tout cela bien failli le faire disparaitre complètement.

Depuis qu’il a été déclaré espèce préservée en 1979, on remarque avec bonheur qu’il a refait son apparition un peu partout sur le continent, là où son habitat naturel préféré peut l’accueillir. Le hors-série GEO Extra de 2016 consacré aux chats lui consacre même tout un reportage en titrant « Le grand retour du petit fauve ».

C’est ainsi qu’il est de plus en plus présent, par exemple, dans tout le Nord-Est de la France. Cette large zone constitue un domaine d’étude privilégié pour les scientifiques.

Mais on le trouve également :

  • Dans les Pyrénées
  • En Allemagne et en Suisse, dans les régions contiguës au grand Nord-Est français
  • Au Luxembourg
  • Dans les Ardennes belges
  • Au Nord de l’Écosse
  • En Espagne
  • En Italie
  • Et un peu plus loin, dans les Balkans et les Carpates de L’Europe centrale.

Pour partir encore un peu plus à la découverte du chat forestier, je vous propose les très belles images de ce court reportage tourné dans la région du Bugey (Ain). Il s’agit d’une zone de moyenne montagne avec des conditions idéales pour ce petit félin. Les cinéastes ont même réussi à capter des images de chaton…

Hybridation avec le chat domestique : une vraie menace

D’un côté, nous avons le chat forestier, une espèce sauvage qui a failli disparaitre à cause de l’activité humaine (déforestation, chasse, piégeage). Comme tout animal sauvage, il participe à la biodiversité et doit être protégé.

De l’autre, il y a un nombre phénoménal de chats errants. En France, on estime leur nombre à plusieurs millions, voire proche de 10 millions. C’est presque autant que les chats familiers vivant auprès de leurs maitres. A cela, il faut ajouter les chats harets qui sont difficiles à dénombrer. Ces chats errants vivent tous dans des conditions misérables et leurs petits dépassent rarement l’âge de 6 mois. Ce qui n’empêche pas leur prolifération car de nouveaux chats et chatons sont abandonnés sans cesse.

Si chat forestier et chat domestique sont 2 espèces différentes, elles sont suffisamment proches pour permettre l’hybridation naturelle. D’ailleurs, des analyses génétiques ont pu confirmer que des chats ressemblant fortement au chat sylvestre n’en étaient pas.

Quand le chat sauvage vit dans des zones insuffisamment boisées, il a tendance à se rapprocher des périmètres habités, malgré sa timidité. La probabilité de rencontre avec un chat errant est alors bien plus forte.

En quoi l’hybridation cause problème ?

Le risque est double :

  • Disparition de l’espèce Felis silvestris silvestris, remplacée par des chats hybrides.
    Heureusement, ce scénario pessimiste semble être contredit par les premières analyses génétiques pratiquées depuis les années 2000. Elles montrent en effet que les hybridations restent pour le moment suffisamment limitées. En particulier quand l’habitat du chat forestier (forêts couplées à des prairies) est assez vaste.
  • Introduction de maladies sévissant chez les chats domestiques dans la population de chats forestiers.
    Citons notamment la FIV (sida du chat) et la leucose féline.

Pour limiter ces hybridations non souhaitables, on ne peut qu’insister sur 2 axes de travail qui sont primordiaux :

  • La stérilisation massive et systématique des chats errants (qui est de toute façon largement recommandée pour d’autres raisons)
  • la préservation des habitats naturels du chat forestier. L’idéal aujourd’hui serait de lui permettre de circuler d’une zone de son habitat à une autre. Le but étant de favoriser une plus grande homogénéité dans sa répartition et d’éviter qu’il vive dans des enclaves.

Le chat forestier constitue sans aucun doute une richesse du monde sauvage pour notre pays. Il est très encourageant de constater qu’il est de retour, en particulier dans le Nord-Est de la France. Mais cette situation est encore fragile et ce chat sauvage reste encore mal connu car facilement confondu avec notre chat domestique.

Alors, n’hésitez pas à partager cet à article sur vos réseaux sociaux à tous les amoureux des félins et de la nature !

 

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